Théodore WAGNER (1923-1978)

Théodore WAGNER, originaire de Scheibenhard (67), a été incorporé de force pendant la Seconde Guerre Mondiale, comme beaucoup de Français alsaciens et mosellans. S'il s'en est sorti sans trop de dégâts, il le doit autant à son courage qu'à la chance d'avoir pu échapper à la mort dans les combats et à la captivité dans les camps soviétiques.

Né le 12 juillet 1923, de Théodore et de Joséphine DIESEL, il est le troisième enfant de la famille. Mais son père était décédé depuis le 5 février de la même année, et sa veuve se retrouva seule pour élever ses trois enfants : Thècle, née en 1920, et Marcel, né en 1922.

Théodore WAGNER (1890-1923)
Collection personnelle


Joséphine DIESEL (1891-1972)
Collection personnelle

En 1929, à l'âge de six ans, il entre à l'école du village. Le directeur en est Emile KOELTZ.

Il quittera cette école, muni du certificat d'études en 1937, à l'âge de 14 ans.


Avec son frère Marcel, vers 1933-34
Collection personnelle

Comme les enfants de son âge, il fait sa communion dans l'église du village.

La Guerre de 1939-1940

En septembre 1939, Scheibenhard est évacué en Haute-Vienne, dans le petit village de Saint-Sulpice-les-Feuilles.


Soixante-cinq années séparent ces deux photos : à droite, Théodore WAGNER, sur la route de Mailhac, à la sortie de Saint-Sulpice, entre septembre 1939 et juillet 1940 ; à gauche, sa fille Astride, au même endroit, en septembre 2004.

Au mois de juillet 1940, cet exil forcé se termine, et les Alsaciens sont invités à rentrer chez eux. Mais ce qu'ils y trouvent n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'ils ont quitté dix mois plus tôt :

En vertu du sinistre décret du non moins sinistre Gauleiter Robert WAGNER, il est incorporé de force, et à partir d'octobre 1942, il est affecté dans les unités suivantes (selon les indications des archives WAST complétées par celles recueillies au "Krankenbuchlager" de Berlin et de Vienne) :
16.10.1942 : Stammkompanie/Infanterie-Ersatzbataillon 476, Leitmeritz (Litomerice, République Tchèque)

09.11.1942 : 1. Kompanie/Reserve-Grenadierbataillon 476, Biala-Podlaska (Pologne, près de la frontière biélorusse)
30.04.1943 : 7. Kompanie./Jägerregiment.734
03.06.1943 : blessé près de Futschan (Bosnie-Herzégovine) (Foca sur la Drina)
10.06.1943 : Kriegslazarett Semlin (A.Sanitätskompanie (motorisiert) 2/572) (dans la banlieue de Belgrade)
18.06.1943 : Reserve-Lazaret XIb Wien, St.Elisabeth-Spital (Vienne, Autriche)
08.07.1943 : Reserve-Lazaret Rastatt, Hauptlaz. Konvikt an der Ludwigsfeste


En décembre 1942 à Biala-Podlaska (Pologne), près de la frontière du Belarus
Collection personnelle

Il participe, entre mai et juin 1943, à la fameuse bataille de la Sutjeska, qui marque le tournant de la guerre en Yougoslavie. Un film, avec Richard Burton, retrace l'histoire de cette bataille.

A la suite de cette blessure, il est décoré, le jour de son vingtième anniversaire, de la "Verwundetenabzeichen", en noir, comme en fait foi le document ci-contre.

Cette décoration, fondée en 1918 par le Kaiser Guillaume II, fut modifiée dans sa forme le 1er septembre 1939.

Il est évident que cette décoration n'a été ni portée, ni conservée par son récipendaire. Le document a été retrouvé par hasard, 69 ans après son établissement.

Chère Mère !

Je veux rapidement vous informer que
je vais être transféré d'ici. Ne m'envoyez plus
rien ici et ne m'écrivez plus non plus
jusqu'à ce que je vous en dise plus.
Je vous écrirai alors rapidement.
Ne vous faites pas de souci, il n'est
pas encore question du front. Vous verrez
bien où nous serons.
Nous ne sommes plus non plus tous ensemble.
De tout coeur, Th. Wagner

14.12.1943 : Genesenen-Kompanie/Grenadier Ersatzbataillon 414, Komotau (Chomutov, République Tchèque)
13.01.1944 : 3.Kompanie./Bataillon D IV
A partir de décembre 1943, il semble qu'il n'ait pas rejoint son affectation, et qu'il se soit caché à Hatten, petit village de l'Outre-Forêt, qui sera détruit par les combats de l'hiver 1944-1945. Les risques énormes qu'il prenait, non seulement pour lui (il aurait été fusillé à coup sûr comme déserteur), mais pour sa famille (qui risquait la déportation), lui ont probablement évité le sort de milliers d'Alsaciens et de Lorrains qui se sont retrouvés dans les camps soviétiques ou qui ont été tués sur les champs de bataille du front de l'est.
09.01.1945 : Fait prisonnier par les Américains à Haguenau
15.01.1945 : Interné au camp de prisonniers n° 457 à Chalon-sur-Saône.

En février 1935, le livret de travail était introduit dans le Reich, livret sans lequel aucun travailleur ne pouvait être employé nulle part. Le type et la durée d'activité étaient enregistrés dans ce livre, de sorte que l'État et l'économie étaient informés sur chaque employé en particulier. De plus, le livret de travail servait à lier un travailleur à son lieu de travail. S'il voulait changer d’emploi, son employeur pouvait retenir son livret de travail, ce qui signifiait qu'il ne pouvait pas être employé ailleurs de manière légale.

Couverture de l'"Arbeitsbuch" de Théo WAGNER (Collection personnelle)

Plan du camp de prisonniers n°457 de Chalon-sur-Saône

Je dois ici remercier Monsieur Dieter DUILL qui m'a permis d'identifier les unités de l'armée allemande dans lesquelles Théodore WAGNER a dû combattre, Gilbert PRIEUR et Serge LAETHIER pour leurs informations et leurs documents sur le camp de prisonniers n°457 de Chalon-sur-Saône.

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